
Gino Ooghe, 57 ans, a été condamné, hier, à une peine de réclusion criminelle de trente ans pour viols avec arme à Château-Thierry. L’avocate générale a requis la perpétuité avec l’impossibilité de sortir avant vingt-deux ans.
«J’AI très peu vécu en liberté. Je n’ai pas les mêmes réactions que les personnes vivant libres. Je suis un truand et un criminel », constate tranquillement Gino Ooghe.
Dans son monde d’enfermement, quarante-sept ans en prison ou en hôpital psychiatrique, la faiblesse est interdite. À chaque coup reçu correspond une nécessaire riposte. En 2007, au moment du drame, il n’a pourtant jamais été aussi près du paradis.
Il vit dans un petit appartement, au 4, rue de la Madeleine à Château-Thierry, avec une femme qu’il aime, rencontrée à Prémontré, mais ses médicaments l’empêchent d’aller au bout de ses désirs sexuels.
Il est sans traitement depuis plusieurs mois quand il rencontre, dans le couloir, sa proie âgée d’une vingtaine d’années. Sa compagne se trouve à l’hôpital. Le champ est libre pour assouvir ses pulsions. Une invitation à prendre un café sert de prétexte. La victime se refuse à lui. Un couteau et des gifles brisent sa résistance.
Gino Ooghe explique son comportement par un désir de vengeance, enfoui en lui et lié à un vol commis par l’ancien ami de la victime.
« Elle était pour moi une très brave fille », explique pourtant Gino Ooghe.
Logique élémentaire
Finalement, c’est un viol sans haine. Il est d’abord utilitaire, le résultat d’une sorte de réflexe, l’expression d’une logique élémentaire, un préjudice ressenti qui vaut une punition. Ce sont les mathématiques d’un calculateur.
« Qu’est ce que l’on va faire pour qu’il ne recommence plus ? En hôpital psychiatrique, la société ne dépend que du bon vouloir des médecins. Je ne veux plus le voir dehors. Il n’y a pas sa place. Sa présence est une menace pour toutes les victimes potentielles », estime, à son propos, Isabelle Pagenelle, avocate générale, représentant la société.
Une peine d’élimination
Elle est magistrate depuis janvier 1989. Une carrière marquée par une observation à la loupe des tourments humains. Pourtant, la journée d’hier n’était pas habituelle pour elle. Pour la première fois, elle a requis une peine de perpétuité avec une sûreté de vingt-deux ans.
Me Miel, avocat de la défense, n’est pas convaincu par cette logique. Il s’adresse d’abord à l’accusé : « La société te demande de te suicider. Tu dois mourir. Tu as seulement le choix de l’heure, du jour et de la méthode. » Il poursuit : « Il vit dans 12 m2 depuis cinquante ans. Lorsqu’il veut s’exprimer, il parle aux murs. Voilà ce qu’en a fait la psychiatrie. »
Une analyse d’ailleurs partagée par Me Diot, avocate de la victime. « C’est le constat d’un échec. Il n’a rien fait pour elle et elle n’a rien fait pour lui. Cela me fait peur. »
Finalement, Gino Ooghe est condamné à 30 ans de réclusion criminelle après plus de trois heures de délibéré.
À ce moment, il ne manifeste aucun sentiment, comme un coureur de marathon fatigué sur la ligne de départ.
Thierry de LESTANG PARADE
Échec à Prémontré
Me Arnaud Miel, du barreau de Soissons, avocat de l'accusé, dénonce avec véhémence l'attitude de l'hôpital de Prémontré dans cette affaire. Elle pose le problème des soins des malades dangereux libérés.
Lors du viol, Gino Ooghe était en sortie d'essai, mais personne n'a vérifié s'il respectait son traitement. L'avocat remarque alors : « Si la gamine a été violée, c'est parce que Prémontré n'a pas fait son travail. » Il estime que la victime pourrait intenter un procès à l'établissement pour manque de surveillance et s'insurge contre la « clique de Prémontré ».
Avant le viol à Château-Thierry, Gino Ooghe en avait commis deux autres et il avait tué un homme à Compiègne en étant considéré comme irresponsable. Il est l'auteur d'une tentative d'évasion de prison et d'une évasion réussie d'un hôpital spécialisé. En face d'un tel profil, la science semble désarmée.
Constat d'impuissance
Devant la barre des témoins, un expert avoue son impuissance : « Nous ne pouvons pas changer une personnalité. Ce n'est pas le rôle de la psychiatrie. » Une question se pose donc : « Alors, à quoi, elle sert ? »
0 commentaires:
Enregistrer un commentaire